
Bienvenue à Colomeri ! / Présentation publique
Tout commence par un hommage à l’absurde : une réunion ubuesque des administrés du village imaginaire de Colomeri, en Italie. Le maire et les villageois ferraillent pour trouver un moyen de rendre leur commune attrayante aux touristes. « Il nous faut un plan B. – C’était le troisième plan B en un mois, monsieur le Maire. On est tous un peu à court à présent ». Les idées les plus loufoques sont lancées, car le bourg n’a rien de singulier : aucun fait historique marquant, aucun monument à visiter. Soudain c’est l’étincelle, l’idée de génie : pourquoi ne pas créer « le premier écomusée de la crise européenne » ?
L’effervescence gagne les villageois et chacun apporte son concours. Car il faut vendre le concept, transformer la réalité en spectacle, passer du morne quotidien au reality-show : « Il nous faut des clichés, des stéréotypes. Le plus possible. Nous choisirons les meilleurs d’entre eux et nous nous y conformerons ». Internet sert de banque de données très précieuse pour en dresser la liste. Bientôt, c’est l’ouverture. Le dépliant annonce « une communauté pittoresque et typiquement méditerranéenne qui n’a jamais connu l’ADSL ».
Au-delà de la pantalonnade, Hécate Vergopoulos dresse le portrait d’une population solidaire, qui cultive une sorte d’allant bienveillant, sans pour autant abandonner les prises de becs dialectiques. Le trésor de Colomeri est là. Un patrimoine immatériel qui résiste aux assauts de la crise. Une forme de résistance à l’anonymat macroéconomique :« Nous vivons dans un présent décadent qui nous voue à une interminable dissolution ». À Colomeri, la parade a été trouvée.